Initiative contre les minarets: peur + peur = injustice
A la surprise
générale, le peuple suisse s’est prononcé
très majoritairement le 29 novembre 2009 pour l’interdiction
des minarets. Christnet en est convaincu : deux peurs
contradictoires ont conduit à ce résultat pour le moins
injuste et discriminatoire.

1. Peur de l’Islam(-isation)
L’interdiction
des minarets a été présentée comme un
moyen de lutter contre l’islamisation en Suisse. Selon le
leitmotiv « Prenez garde aux choses qui débutent »,
le minaret est devenu un symbole dont le rejet représente un
signal concret à l’attention de l’Islam radical.
Les sondages
effectués après ce vote révèlent en plus
qu’un nombre de femmes supérieur à la moyenne a
voté pour l’initiative. On ne peut manquer d’y
voir la peur que les droits de la femme soient bafoués. Par
ailleurs, la peur que l’identité « chrétienne »
soit menacée dans notre pays a pesé lourdement dans la
balance. Bon nombre de personnes se sont senties ébranlées
dans leur propre identité car la mondialisation fait
disparaître toutes les frontières et effrite nos
paramètres sécuritaires. Nous remarquons aussi que
l’initiative a été plus fortement acceptée
dans les régions à moindre population musulmane que
dans les régions (urbaines) où vivent plus de
musulmans[1].
Il est bien connu que la méconnaissance des choses engendre
toutes sortes de peurs infondées.
2. Peur de l’intolérance et déficit d’image
La seconde peur qui
a joué un rôle dans cette votation a dominé chez
les opposants à cette initiative.
Le Conseil fédéral
s’est, d’entrée de jeu, distancé fortement
de cette initiative, déjà lors de la présentation
de celle-ci, par peur que son acceptation puisse nuire à
l’image de la Suisse dans le monde musulman et par conséquence,
nuire aussi à notre économie.[2]
Le Parlement n’a
nullement cru nécessaire de soumettre au peuple un
contre-projet qui aurait pris en compte les préoccupations
exprimées par cette initiative tout en étant conforme
au droit international et en répondant à cette soif de
justice.
Lors des débats
animés sur ce sujet, les peurs émises par la population
ont été rangées sous le tapis ou, tout
simplement traitées comme des peurs ridicules. Les initiateurs
de ce vote ont été souvent représentés
comme des gens intolérants et inamicaux vis-à-vis des
étrangers, ce qui, disons-le, était le cas de certains
de nos élus politiques. Nous savons aujourd’hui qu’une
majorité des électeurs nourrissait des craintes, qui
n’ont pas été suffisamment prises au sérieux
par nos élus et par les médias.
Un résultat : l’injustice
Ces deux peurs
conjuguées ont contribué au résultat que nous
connaissons. Reste à déterminer si la liberté de
religion s’en trouve restreinte. Ce qui est plus grave à
notre sens, c’est qu’aujourd’hui, outre un grand
nombre d’étrangers, plusieurs milliers de citoyens
suisses ne peuvent plus construire de tours à côté
de leur lieu de culte, et ce uniquement à cause de leur
appartenance religieuse. Cette différence de traitement porte
un préjudice grave à la paix religieuse et à la
confiance en l’égalité devant la loi. Cet article
constitutionnel discriminatoire a, par ailleurs, déjà
été condamné par la Haut-Commissaire aux droits
de l’homme de l’ONU.
Après le
durcissement progressif de la loi sur l’asile et sur les
étrangers, débute désormais de facto une mise à
l’écart de certaines minorités au sein des
Suisses. Quelle sera la prochaine cible ? Les chrétiens qui
ont été en faveur de l’initiative devraient en
particulier se demander si la discrimination et l’exclusion
visant à préserver la « pureté »de
notre pays sont en concordance avec la voie tracée par le
Christ[3]
et pourraient satisfaire à ses « règles
d’or ».[4]
« Dans le monde vous avez peur… »
Regarder en face nos peurs
Nous constatons
aujourd’hui, fortement peinés, que nos peurs nous
conduisent directement dans le mur de l’injustice. Jésus
déclare : « Dans le monde vous avez peur, mais
prenez courage, j’ai vaincu le monde » (Jean 16,33).
Il nous invite à aller au devant de nos peurs et à ne
pas fermer les yeux. Jésus va encore plus loin, il a vaincu le
monde et en cela il a vaincu aussi nos peurs de l’intolérance,
du déficit d’image et de l’Islam. Ainsi, nous
pouvons remettre nos peurs à Jésus et à inviter
Jésus à remplacer ces peurs par son amour et à
nous permettre d’être créatifs vis-à-vis
d’elles.
Prendre nos peurs au sérieux
Ensuite, Jésus
nous invite à prendre en compte sérieusement les peurs
de nos semblables. Souvent il suffit d’une oreille
compatissante et ouverte pour éloigner leurs soucis et leurs
préoccupations. Cela demande du temps et de la patience. Si
nous parvenons à le faire, nous deviendrons pour notre
prochain un « petit Jésus » et le cœur
de notre voisin sera enfin apaisé.
Vivre l’amour
Jean nous le dit
dans sa première épitre : « l’amour ne
réside pas dans la crainte » (1 Jean
4,18). Si nous pouvons vaincre nos peurs avec l’aide de
Dieu, nous pouvons aussi nous entendre avec nos voisins qui
condamnent les minarets, nous pouvons désormais faire leur
connaissance et nous intéresser à ce qu’ils
vivent. C’est l’option la meilleure pour donner confiance
et pour pouvoir vivre en paix en société.
L’amour du prochain vécu dans l’humilité
Du point de vue
politique, nous pouvons nous laisser guider par le principe de
l’amour pour le prochain vécu dans l’humilité.
Ce ne sont pas nos intérêts personnels qui ont la
priorité, mais les intérêts des plus faibles et
des minorités. L’objectif n’est pas de pouvoir
dominer les autres, mais de servir. Ne pas défendre Dieu par
des arguments purement politiques mais lui rendre témoignage
par notre parole et par nos actes.
Puisse Dieu nous
aider en cela.
ChristNet,
décembre 2009
[2]
Nous pensons ici aux affaires pétrolières lucratives
avec l’Iran, la Lybie etc.
[3]
Matthieu 7,12 : « Tout ce que
vous voulez que les hommes fassent pour vous, vous aussi, faites-le
de même pour eux, car c’est la loi et les prophètes ».
[4]
Dans l’environnement évangélique l’initiative
a été, entre autre, défendue avec cet argument:
l’Islam est une puissance spirituelle qui veut conquérir
le monde entier avec des moyens politiques et nous, les chrétiens
devrions nous défendre courageusement contre lui. On a
regretté que l’Eglise n’ait pas vu venir le
danger et qu’elle ait été trop faible pour y
faire face. En cela il n’a pas été tenu compte
du fait qu’une « approche chrétienne »
demande que les objectifs et les moyens soient proportionnels. Tel
n’est pas le cas dans l’initiative anti-minarets :
avec cette interdiction, c’est une minorité religieuse
et culturelle qui est discriminée, avec cet objectif:
conserver notre héritage judéo-chrétien,
héritage dont les acquis principaux sont l’amour du
prochain (acceptation de la diversité) et la justice (pas de
jugement sur les apparences). S’ajoute à cela que
l’Eglise tente de contrer ses faiblesses spirituelles,
qui se manifestent face à un Islam offensif par des moyens
politiques, cela équivaut à un abus du système
politique en faveur de l’Eglise, comme nous enconnaissons
plusieurs exemples à travers l’histoire (par exemple:
les persécutions religieuses durant le Moyen-Âge). Si
l’Eglise est trop faible pour s’opposer
spirituellement à l’Islam, ce n’est pas le
devoir de l’Etat de combler cette faiblesse spirituelle.
Naturellement, il incombe à l’Etat de protéger
la vie des plus faibles - ceci est valable pour toutes les minorités
qui ont besoin de protection - mais la « forteresse
spirituelle » ne peut être exercée que par
l’Eglise du Christ.