« Seigneur, apprends-nous
à acheter ! »
Comme chaque année, la Journée sans
achats a été l?occasion de rappeler que la Bible a encore son mot à dire sur la
frénésie commerciale qui entoure Noël.

A l?approche de
Noël, on se pose ces éternelles questions : Quoi ? Combien ?
Pour qui ? A quel prix ? Il s?agit là bien sûr des cadeaux? En
Amérique du Nord, des citoyens qui en ont marre de cette frénésie appellent
aujourd?hui ouvertement à un boycott de la commercialisation de Noël. Un Noël
sans achats.[1]
Ils tentent de rétablir le sens profond de Noël
par des études bibliques, des idées de cadeaux innovateurs (bon de temps à
partager, amitié épistolaire ou parrainnage, troc d?habits, objets faits maison
etc.) et des chansons de Noël anti-consuméristes : Dieu qui se donne
entièrement à nous. Sans commerce intermédiaire, ni slogans creux.
En Suisse, à la
veille de l?Avent, la question du sens ou du non-sens du consumérisme a été
relancée par ChristNet qui a participé à la Journée internationale sans achats.[2]
La stratégie : un appel aux chrétiens de Suisse, des études bibliques sur
la consommation et la publicité, ainsi que deux actions hautes en couleurs à
Genève et à Berne. Le but : inciter la population à réfléchir sur sa
manière de consommer.[3]
Pourquoi un
forum chrétien comme ChristNet traite-t-il de la consommation ? Quel est
le rapport entre shopping et foi chrétienne ? Ne peut-on laisser Jésus à
l?entrée du magasin ?
La consommation ? quelques
pierres d?achoppement
Sur son papillon
pour la Journée sans achats, ChristNet relève quatre problèmes liés au
consumérisme :
Le matérialisme comme idéologie
« Etre pour
avoir ou avoir pour être? » Autrement dit, le matérialisme ? à
savoir la conviction que notre valeur dépend de nos biens ? est-il pleinement
satisfaisant ? Une question d?autant plus cruciale qu?en Suisse, un quart
des jeunes de 16 à 25 ans sont endettés à force de vivre selon ce credo ![4]
Un credo pourtant questionné par une récente étude sur le bonheur :
« Ce sont les choses simples qui rendent vraiment heureux? le sexe, le
plaisir de se retrouver entre amis, les bons repas et la détente. »[5]
On s?en doute bien, la Bible va encore plus loin : seul l?amour éternel de
Dieu nous révèle notre véritable identité et le sens de la vie.
La publicité comme instrument de propagande
Deuxième
problème : la publicité, véritable moteur du matérialisme actuel.
« Le bonheur grâce à Bonux ! » Si Bonux est un nom fictif, le
slogan s?applique à tous les produits, à toutes les offres. La publicité dicte
à la population, réduite à son rôle de consommateur, ce qui est bon ou mauvais.
Elle dénigre par la même occasion tout ce qu?elle ne vante pas ; comme
p.ex. le consommateur qui n?achète pas le produit en question. Sans Bonux, tu
es ringard ! A cela s?oppose l?amour de Dieu, qui est éternel et nous
donne une authentique valeur.
Première victime : notre
prochain
Notre manière de
consommer a un impact sur notre environnement social : « Etre pauvre
est difficile. Surtout parmi les riches » affirme le papillon. Alors qu?il
y a longtemps que les plus faibles revenus stagnent voire baissent, les gros
salaires augmentent de façon démesurée. Saviez-vous qu?un cadre supérieur, qui
gagnait 40 fois plus qu?un employé de la classe de salaire inférieure il y a 20
ans, gagne aujourd?hui 400 fois plus que ce dernier ? En revanche, l??uvre
suisse d?entraide ouvrière estime à 10% le nombre d?enfants grandissant dans
des conditions de pauvreté dans notre pays.
Considérées à
l?échelle internationale, ces différences sont encore plus indécentes. L?OCDE annonce
à nouveau que la Suisse est le pays le plus riche du monde. Dans le village
global, nous habitons la salle du trésor, alors qu?un voisin sur quatre est
affamé et, bien souvent, meurt. Récemment, quelqu?un a écrit : « La
crise de la Suisse n?est pas une crise du revenu, mais du partage ». Ne
peut-on pas dire la même chose du développement économique et de la faim au
niveau mondial ?
La Bible ne condamne pas la richesse en soi, mais les riches ou les
puissants qui n?entreprennent rien contre l?injustice sociale.[6]
La reconnaissance, la miséricorde envers les démunis et les faibles, le
partage : telles sont les propositions bibliques pour une vie selon Dieu. Saurons-nous les intégrer à notre mode de consommation ?
Deuxième victime : la
Création
Il est désormais
incontesté que notre consommation irréfléchie pollue. Pourtant, malgré une situation climatique alarmante,
la consommation d?énergie et de biens ne cesse d?augmenter, en Suisse comme
ailleurs. Bercés par l?illusion d?une croissance économique illimitée, nous
pensons pouvoir indéfiniment nous procurer des matières premières, produire et
transporter des marchandises dans le monde entier, les utiliser et finalement
les jeter. C?est oublier que ni les ressources, ni l?espace terrestre ne sont
illimités.
Pragmatique, la Bible fait de l?Homme le gérant de la Création et lui donne
la « loi de la durabilité », à savoir de « cultiver » et de
« garder » le jardin[7].

Consommer selon Dieu
Face à cette
réalité, nous nous sentons impuissants, incapables de changer quoi que ce soit.
L?économie et les millions qu?elle brasse ne sont pas de notre ressort. En revanche, la publicité qui sollicite
incessamment notre porte-monnaie nous suggère : nous avons effectivement
le pouvoir, avec notre argent de consommateurs, de fixer les limites et de
n?acheter que ce que nous cautionnons. Paul nous encourage à ne pas nous
conformer au « siècle présent ».[8]
Si le matérialisme ? l?amour des objets ? est en vogue, la priorité que nous
donne Dieu est de l?aimer Lui, ainsi que notre prochain.
Rester
vigilants
Cela peut nous inciter à être vigilants à la façon dont la publicité, forme
moderne d?iconolâtrie, cherche à nous manipuler. Remettons à Dieu nos yeux et
nos oreilles, demandons-lui de nous imprégner de valeurs tout autres :
l?amour, la tolérance, l?estime de la personne, la modestie. Ainsi serons-nous
peut-être plus libres de dénoncer publiquement les abus de la publicité et,
pourquoi pas, d?initier des actions citoyennes ou politiques.[9]
Souveraineté
du consommateur : le client est roi
En tant que consommateurs, nous avons le choix d?acheter ou non un produit
si nous connaissons par exemple l?origine et les conditions de production de la
marchandise. Il existe désormais quantité de labels indépendants qui
garantissent un commerce équitable ou une production respectueuse de l?humain
et de l?environnement.[10]
Si de tels produits peuvent sembler chers, c?est que nous sommes habitués à des
prix souvent injustes, loin de couvrir la totalité des frais engendrés sur le
plan social ou écologique. Aujourd?hui, agissons en
consommateurs souverains : payons à nos prochains et à la Création le prix
qu?ils valent !
Aller plus loin
Nous pouvons aussi, dans la mesure du possible, faire nos achats à la ferme
ou au marché. Cela nous permet de créer un lien direct avec le producteur, de
mieux comprendre ses préoccupations et de retrouver un contact avec la nature.
De plus, la proximité représente un plus pour le climat.
Enfin, discutons
avec notre entourage de notre mode de consommation et de ses conséquences afin
de nous sensibiliser mutuellement. Et prions ensemble : « Seigneur,
apprends-nous à acheter! » Des manifestations telles que la Journée sans achats, voilà un bon début.
Et pourquoi ne pas commencer par nous inspirer du Noël sans achats ?
Samuel Ninck,
29.11.05
Traduction : Laure Berney